Le bureau du Sénat vient de lever l'immunité parlementaire de Gaston Flosse, sénateur lui-même. Réélu à cette fonction en septembre 2008 par un collège de maires polynésiens, sur fond d'alliance clanique locale contre nature avec Oscar Temaru l'indépendantiste, rappelons-le. Dernier rempart contre une justice qui fait feu de tout bois à son encontre depuis l'avènement de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, la perte de ce bouclier judiciaire signe probablement le début des GROS GROS ennuis pour cet ultra proche de feu Jacques "président de la République" Chirac, au centre d'une trentaine de procédures administratives, financières et judiciaires, voire les trois à la fois.
Souvent taxé de bienveillance à l'égard du sénateur polynésien, le Sénat, présidé rappelons-le également par un certain Gérard Larcher, a finalement "lâché" l'ancien homme fort du fenua. Depuis plusieurs mois, et la prise de fonction d'un nouveau procureur de la République, José Thorel, connu pour ses accointances avec l'exécutif sarkosiste, le filet judiciaire jusqu'à lors pudiquement qualifié de "poreux", voire carrément troué, n'a eu de cesse de se refermer autour de Gaston Flosse. Ses proches n'hésitent plus à parler d'exécution programmée, Gaston Flosse lui-même reconnaissant dans les colonnes du quotidien La Dépêche de Tahiti, tout en s'en expliquant, certaines dérives ayant pu le conduire à accepter -solliciter ?- de l'argent d'entrepreneurs locaux pour financer le fonctionnement de son parti politique, apparenté RPR, le Tahoeraa Huiraatira. Car c'est ce qui vaut aujourd'hui à Gaston Flosse la défiance de ces amis parlementaires.
Cette demande de levée d'immunité parlementaire, acceptée donc, intervient dans le cadre de l'instruction dite des annuaires de l'OPT. Une enquête menée par les juges Stelmach et Redonnet, qui a vu la mise en examen du sénateur, le 30 septembre dernier, pour corruption passive, recel d'abus de biens sociaux et complicité de destruction de preuves. Un homme d'affaire d'envergure internationale pour avoir aussi sévi... en Afrique et un ancien président du conseil d'administration de l'OPT (Office des Postes et Télécommunication de la Polynésie française, organisme public, NDLR), sont en détention provisoire depuis plus de six mois dans ce dossier. Le préjudice de la Poste locale se monterait, pour l'heure, à plus de 800 millions de Fcfp (près de 7 millions d'euros). L'homme d'affaire en question a reconnu avoir versé mensuellement des dessous de table pendant plus de dix ans en échange de l'obtention de marchés publicitaires, notamment avec l'OPT et la compagnie aérienne locale montée à grand frais et toujours déficitaire, Air Tahiti Nui (ATN).
Comme une affaire n'arrive jamais seule, Gaston Flosse et 23 de ses proches "politiques" et "syndicalistes" devraient être condamnés le 8 décembre prochain à rembourser 231 millions de Fcfp (2 millions d'euros) au titre d'emplois cabinets "de complaisance" irrégulièrement rémunérés sur fonds publics.
Dans les mois qui viennent, la cour de cassation, saisie en désespoir de cause par les avocats de Gaston Flosse, statuera enfin sur la légalité juridique d'une procédure ayant récemment aboutie, en appel, à la condamnation de l'ex-sénateur à un an d'inéligibilité pour prise illégale d'intérêts dans l'affaire dites des sushis de la présidence, un cocktail dinatoire financé là-encore avec l'argent des contribuables, et destiné à fêter la victoire annoncée du clan Flosse aux élections territoriales de mai 2004. Oscar Temaru, à l'origine de la plainte, l'avait finalement emporté.
Peu importe ce que l'on pense du bonhomme, un sentiment unanime anime les observateurs judiciaires encore naïfs qui continuent de croire au principe républicain et démocratique de base qu'on nous apprend dès la première année à la fac de droit : à savoir la séparation des pouvoirs. On ne pourra s'empêcher de penser qu'entre le renvoi récent de Jacques Chirac en correctionnelle, la condamnation de Charles Pasqua dans l'Angolagate, la pantalonade Clearstream visant Dominique de Villepin, et aujourd'hui la mise à mort de Gaston Flosse, les "hasards du calendrier judiciaire", comme on dit, ont bon dos. Mais encore une fois, ça va sans dire mais ça va mieux en le disant, ce n'est qu'un avis d'observateur. Reste à savoir si le père Gaston, ainsi lâché, va emboiter le pas du "je dis ça je dis rien" emprunté par son compère d'infortune Pasqua, qui n'a manifestement pas apprécié "la blague"de sa condamnation à un an de prison ferme en fin de semaine dernière. Rappelons pour terminer que l'ami Flosse n'est pas un ami de trente ans, mais un ami de cinquante ans de Jacques Chirac. Avec tout ce que cela comporte... d'anecdotes. Et quand on pense que Jacquôt sort le premier tome de ses "mémoires" aujourd'hui. Deux mois après celles de Balladur et un mois avant celles de Jégo (ministre de l'Outre-Mer débarqué par Sarko)... Euh LE BORDEL !!! Bon, je m'arrête là...
C'est triste à dire parce que c'est TF1, mais
c'est la dépêche la plus proche de la réalité...
Photo : Raphaël Pierre
Libellés : Faits divers, Politique