lundi 4 juillet 2011

Grève à Air Tahiti Nui, où pourquoi il est temps de quitter ce pays

C'est à une histoire typiquement -dramatiquement- polynésienne à laquelle nous sommes en train d'assister ici depuis deux semaines environ. Une poignée de pilotes de la compagnie aérienne internationale mais locale, Air Tahiti Nui, a réussi le tour de force de menacer jusqu'à la survie même de l'entreprise (600 employés environ) pour faire virer son actuel directeur (interview très intéressante dans Les Nouvelles de Tahiti de ce jour).
En place depuis six mois, Cédric Pastour, 45 ans, ancien directeur de Star Airlines et Look Voyage, a fait toute sa carrière dans le secteur aérien. L'homme n'est pas issu du sérail local. Jusqu'à sa nomination, les directeurs successifs, peu importe leur incompétence, et comme pour tous les postes clés d'une économie polynésienne basée sur les sociétés d'économie mixte et le clientélisme, étaient nommés en fonction des intérêts du politique en place.
Présenté comme une sorte d'opportuniste au départ, flairant la bonne gâche bien payée dans une entreprise déficitaire mais publique et régulièrement remise à flot par un gouvernement d'incapables, il s'est finalement révélé actif et réformateur.
Alors qu'il semblait motivé pour sortir Air tahiti Nui du gouffre (copinage, billets GP à tout va, vision à court terme, politique de compétitivité et de rentabilité inexistante car annihilée par des années de subventionnisme aveugle de gouvernements sous perfusion métropolitaine), on aurait espéré que le gouvernement actuel le soutienne, ou en tout cas sa démarche.
Mais non. Nous l'avons appris hier soir, les pilotes -grévistes, pas tous- ont gagné. Le tourisme est en berne pour plein de raisons -c'est encore un autre sujet, quoique...- et la saison haute commence. Pas question de prendre le risque de voir un Airbus A 340 cloué au sol, fusse à cause de deux énergumènes aux revendications fallacieuses !
Comme nous l'avons dit, Pastour n'était pas du sérail de toute façon. Pas de ceux qui vous endorment avec des beaux discours, ouvrent des lignes déficitaires (on se souvient du fiasco de la Papeete-New York et de ses campagnes de pub ni faites ni à faire, bravo le GIE Tahiti Tourisme au passage, autre usine à gaz locale financée par les impôts métropolitains...) au lieu de consolider l'existant.
Et en ces temps de crise internationale, il a osé vouloir restructurer une entreprise qui se veut de pointe, dans un secteur économiquement difficile mais dont le modèle économique semble être figé sur celui de la SNCF des années 60.  On va donc se retrouver prochainement avec un nouveau copain-coquin à la tête de l'entreprise... Mais c'est pas grave, les neveux des cousins de la sœur éloignée de la femme du chargé de la pesée des bagages pourront continuer à se faire surclasser en Première pour aller faire leurs courses du week-end dans les malls de Los Angeles, sur le dos de la bête. C'était finalement la revendication première de cette grève (un raccourci, d'accord, mais que tout le monde comprendra et pas si loin finalement de "l'esprit" qui a motivé ce scandaleux "mouvement social").

PS : Je ne travaille pas pour Air Tahiti Nui, je fait un aller-retour une fois par an en moyenne vers la métropole depuis des années sur Air tahiti Nui, je paie plein pot, et je continuerai à voler sur Air Tahiti Nui... Parce que je n'ai pas le choix.

PS2 : Pour mes rares lecteurs et ceux, encore plus rares, qui seront arrivés au bout de ce "papier", une nouvelle invite à lire l'interview de Cédric Pastour de ce jour dans Les Nouvelles de Tahiti. Et pour ceux qui veulent en savoir plus, eh ben merde cherchez vous-même sur GOOGLE !

6 commentaires:

Melissa a dit…

Comme la majorite de la population tu te bases sur les rumeurs et tu ne sais pas de quoi tu parles... dommage.

Manuia a dit…

A Claude-Christian Pierre : Je sais ! Je suis en train de chercher la bonne formule mais je ne la trouve pas. Je voudrais garder la "transparence" entre le fond et le texte mais ça complique sérieusement les choses...

Manuia a dit…

A Melissa : je me base sur les kilomètres d'interviews données par les uns, et par les autres. Sur le rapport de la chambre territoriale des comptes aussi. Et les pratiques politiques locales. En aucun cas des rumeurs tout ça. Maintenant si je comprend mal, c'est peut-être qu'on me l'explique mal. Ou qu'on ne veut pas que je comprenne ce qui est encore plus grave venant d'une société déficitaire perfusée à l'argent public.
Que l'on m'explique mieux et alors je serais ravi de revoir mon jugement.

Anonyme a dit…

..oui, des klm d'ITW de 300 non grévistes !!..que vs nommez la majorité des employés d'ATN!!.... Et le reste ? genre les 800 - 300 CAD les 500 grévistes, les minoritaires !!.. leurs ITW vs les avez vs lu qu'entre les lignes ? Voire même pas !
Pratiques politiques locales ?... Que pensez vs des pratiques françaises avc leurs grèves à non plus finir,blocage des institution alors que la France le monde est en crise, qu'on pensez vs ?..Ah oui c'est pas la même chose, ns pauvres autochtones ne comprendrons jamais rien à rien..
Dommage comme dirait Melissa, oui c'est vraiment dommage !!

Manuia a dit…

A Anonyme : Mais vous n'êtes pas 800-300, soit 500 grévistes, soyons sérieux ! C'est ça le problème justement. Vous reprochez à ceux qui s'intéressent, comme moi, de ne pas être informés. Mais avec des arguments comme ça vous nous confortez dans l'idée que vous mêmes êtes manipulés ! Ou manipulateurs... Je ne demande qu'à vous croire, je me trompe, d'accord. Mais argumentez que diable ! Qu'on soit d'accord avec Pastour ou pas, lui argumente. Vous me demandez si j'ai lu les ITW entre les lignes. Oui... et non. Je les ai lues pour ce qu'elles sont. Si vous avez des arguments solides, faites les valoir et répondez y point par point, sans qu'il faille lire "entre" les lignes !
Pour finir, je ne relèverai même pas l'argument opposant la France aux "autochtones", comme vous dite. Un terme au relent colonialiste que je ne me serais même pas permis d'utiliser. Je suis pour l'océanisation des cadres, je suis convaincu de la valeur, des aptitudes, du professionnalisme des polynésiens. Mais de grâce, prenez vos responsabilités, et à ce moment là faites le ménage devant votre porte au lieu d'attendre que le popa'a le fasse pour mieux lui sauter dessus. A moins que finalement, faute de mieux, vous n'attendiez que cela pour faire valoir une indignation convenue. Permettez moi de vous dire que si c'est le cas, vous ne servez pas votre cause.
Vous prêchez un convaincu. Je suis jeune. Les essais, Flosse, le colonialisme, je connais mais c'est fini ! Ce combat est hors d'âge. Je ne suis pas fonctionnaire, ni taote, ni prof, ni retraité embauché dans un cabinet. Je ne suis pas indexé. Je travaille dans le privé et vu le coût de la vie ici, je ferais mieux de rentrer en métropole. Mais j'aime ce pays, j'aime les polynésiens. Les "autochtones" comme vous dites, feraient bien de comprendre que leur destin est désormais entre leurs mains. Et qu'il va falloir faire des efforts. Eh oui. Voulez vous que je vous dise : ce que la colonisation a fait de pire ici, ce n'est pas tant l'évangélisation ou les essais nucléaires : c'est l'administration.
Amicalement... et fraternellement

OldieGoodie a dit…

@Manuia:
Qu'il est difficile d'être sincère et honnête comme vous l'êtes lorsque les esprits sont fermés sur leurs certitudes et leurs querelles partisanes. J'ai moi-même expérimenté les faiblesses de l'organisation politique, administrative et économique de la Polynésie. Ce pays délicieux se complaît dans des arguties politiques qui sont d'un autre âge. Les polynésiens ne semblent pas s'apercevoir que les dirigeants qu'ils se donnent les tiennent sous un joug que même la Métropole n'avait jamais osé imposer. La richesse et le cynisme des dirigeants sont insultants pour tous les polynésiens.Leur égoïsme et leur incompétence freinent tout espoir de développement du territoire. Les difficultés de la Polynésie ne sont pas imputables à l'extérieur mais à la gangrène intérieure. Tous les polynésiens de bonne foi ne peuvent que souscrire à vos analyses.